Un ancien toxico, une policière, deux amis...
Frédéric, avec Angela Garcia, capitaine de police, devant le Vieux-Bassin de Honfleur. Les deux amis continuent à se voir régulièrement.Accro aux drogues dures pendant vingt ans, Frédéric, 38 ans, a repris goût à la vie depuis deux ans. Angela Garcia, capitaine de police à Honfleur (Calvados), fait partie des rares qui l'ont toujours aidé et accompagné. Elle lui a proposé de témoigner publiquement devant des adolescents. Et il a accepté.
« À 14 ans, j'ai commencé à prendre du cannabis ; à 17 ans, de l'héroïne et de la cocaïne. Et tout s'est enchaîné. » La voix est murmurée, les mains jointes pour cacher l'angoisse, mais le propos est limpide. À Honfleur, devant plusieurs centaines de lycéens captivés, Frédéric, 38 ans, vient de ressortir du placard vingt années de toxicomanie. Tout y passe. « La cocaïne ? C'est violent. Vous avez le coeur qui décolle, qui accélère à chaque fois. On se sent vivre, mais c'est de l'autodestruction. » Un témoignage rare à visage humain, couronné d'applaudissements et de remerciements. Et un gros investissement psychologique : quatre séances d'une heure, avec soixante adolescents à chaque fois.
Ces visages qui dévisagent, ces questions qui dérangent, beaucoup les auraient vécus comme une humiliation. Pas Frédéric, « clean » depuis deux ans. Cette plongée dans sa vie d'avant lui « a donné du courage et beaucoup de confiance. Ce n'est pas une manière d'exorciser, j'assume totalement ce que j'ai fait. Autant que cette guérison bénéficie aux autres. Il y a des choses qu'ils ne peuvent pas savoir et qu'ils doivent comprendre. » Cette journée remuante face à des lycéens, Frédéric ne l'a acceptée que parce qu'elle lui a été suggérée par une amie de « longue date » : Angela Garcia, capitaine de police au commissariat de Honfleur. Elle était à ses côtés ce jour-là. Un lien étonnant les unit, malgré des préoccupations qui furent longtemps... divergentes.
Première rencontre en 1996. Frédéric est placé en garde à vue dans le cadre d'un trafic de stupéfiants. Son ton posé étonne les policiers, habitués à des profils types de consommateurs hébétés. Ici, pas de résistance, pas un mot plus haut que l'autre et - surtout - pas de déni. Angela, comme souvent, prend le temps de la discussion. « On s'est aperçu que c'était quelqu'un de sensible, qui souffrait beaucoup, à la recherche d'un équilibre qui ne tapait pas à la porte à ce moment-là. Frédéric a pris de l'héroïne pour combler un manque, pas pour épater la galerie. »
Une évidence : les accidents de la vie ont frappé très tôt à la porte du Honfleurais. Premier choc émotionnel à 13 ans, lorsque sa mère, malade, meurt d'une lente agonie, près de lui. Frédéric fuit le reste de sa famille. Un engrenage infernal se dessine sournoisement, et il le sait. Ses amitiés se tissent autour des stupéfiants en tout genre. Il goûte à tout ce qui lui passe entre les mains ou par celles d'« amis » qui le tentent au quotidien.
Leur en veut-il aujourd'hui ? « Non, personne ne m'a poussé. Même si la plupart de mes relations amicales étaient liées à la drogue, je considère que c'est moi qui ai commencé. J'assume. » Il squatte à droite à gauche. « J'ai eu un grand 'chez les autres' au lieu d'avoir un petit 'chez moi', j'ai aussi été à la rue quelque temps. »
Du travail ? Il en trouve. Tanneur, horticulteur, docker, il multiplie les expériences. En 2000, il rencontre Christelle, sa future femme. Mais le mal est profond, la dépendance le ronge. Angela le voit revenir au commissariat de Honfleur, une demi-douzaine de fois. Elle continue à l'écouter, à l'aider. « Car je n'ai jamais douté de lui. J'ai toujours su qu'il allait s'en sortir. En lui proposant de témoigner, je savais à qui je m'adressais. Pour autant, je ne voulais pas que ça puisse le déstabiliser. Le regard des autres dans la rue, pouvait être difficile à assumer. Mais il a beaucoup de courage. »
La guérison, elle, a été violente. « Une arrestation de trop » en 2006 : de retour de Hollande, pour une commande d'un « ami », les Douanes l'interpellent. Retour à Honfleur. « C'est moi qui suis allée le chercher, reprend Angela. J'étais triste pour lui, mais pas déçue. » En garde à vue, Frédéric vit « un déclic ». Sa famille, ses proches subissent de plein fouet ses dérives. Prison ferme pendant quatre mois, à Caen, et obligations de soins. Il s'excuse par courrier auprès de son employeur. « Il m'a répondu, m'a avoué sa surprise et m'a souhaité bon courage. »
Dès sa sortie, il court... au commissariat. Une bonne nouvelle cette fois. « Il était content de me dire qu'il allait se marier, raconte Angela. C'est là que j'ai vu que ça partait plutôt bien. » Aujourd'hui, débarrassé de ses démons, Frédéric souhaite retrouver un travail le plus vite possible. Une étape essentielle dans cette seconde vie qui commence.
(Article de Ouest France)
SSBEC:Voilà un bel exemple de réinsertion et de la bonté que peuvent avoir les policiers en général...