AUDIT POLICE/GENDARMERIE
Inspection des Finances:police/gendarmerie vivent à crédit Un rapport de l'inspection des Finances fait déjà débat. Il touche en effet du doigt là où cela fait mal, mettant en avant la mauvaise gestion des services de l’Etat. Il s’appuie pour cela sur un audit de sécurité dressant un constat accablant des dépenses et de l'organisation des forces de l'ordre. Cerise – noire – sur le gâteau, il préconise 8 à 10.000 suppressions d'emplois de policiers et de gendarmes dans le cadre de la réforme de l'Etat pour tenter de résorber ce que certains ont déjà tenté d’appeler une « faillite ». Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy augmente son salaire … Daté du 10 octobre, l’audit a été réalisé par une équipe de fonctionnaires dirigée par François Mongin, inspecteur des Finances, chargé de mission sur la réforme de l'Etat, en vue de la révision générale des politiques publiques (RGPP). C'est sur la base de cet audit qu’ont été ébauchés divers scénarios permettant à l'Etat de faire des économies (réduction d'effectifs, suppression de la moitié des brigades de gendarmerie...). A noter en tout premier lieu deux "scénarios" permettant de gagner entre 8.375 et 10.375 emplois équivalent temps plein (ETP) entre 2009 et 2011. Dans ce souci d'économie, il envisage la disparition "de la moitié des brigades de gendarmerie" (3.600 au total). Pour rappel, la France compte aujourd'hui quelque 120.000 policiers et 100.000 gendarmes. Révélées le 23 octobre, ces suggestions ont suscité un tollé tandis que M. Mongin se voyait désavoué par les ministres de tutelle (Intérieur et Défense) des policiers et des gendarmes. Les ministres de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, et de la Défense, Hervé Morin, ont en effet vivement réagi mardi, affirmant que le document de M. Mongin "n'engageait que son auteur". Mme Alliot-Marie a fait valoir pour sa part, devant les députés, que "la sécurité des Français est un sujet assez important pour qu'on ne se satisfasse pas d'idées simplistes et dépourvues de tout contact avec les réalités". Le Syndicat général de la police (SGP-FO) a demandé mardi une "audience en urgence" à Mme Alliot-Marie. "C'est une véritable saignée du service public de sécurité", a déclaré le secrétaire général du SGP-FO, Nicolas Comte, en craignant qu'il "ne s'agisse d'un ballon d'essai". Bruno Beschizza, de Synergie, a réclamé une "mise à plat des problèmes", comme Olivier Damien pour le Syndicat des commissaires (SCPN). Ils ont dénoncé un "manque de communication" sur la sécurité, apprenant "les réformes dans les médias". Les syndicats ont par ailleurs affirmé que le président Nicolas Sarkozy devait réunir à la mi-novembre 2.000 policiers et gendarmes pour une "grand-messe" à La Défense, comme il le faisait du temps où il était place Beauvau. Manière de "recadrer les choses", disent-ils à l'unisson. Pourtant, pour mener à bien son audit, l'équipe dirigée par M. Mongin semble avoir été proche du terrain, affirmant avoir rencontré les principales directions police/gendarmerie. C’est peut-être là le hic, c’est bien connu, il n’y a que la vérité qui blesse … Dix "fiches techniques", dont le contenu pourrait relancer la polémique soulevée lors de la révélation des premières propositions de M. Mongin, ont été établies. Au chapitre du temps de travail des policiers - un sujet très sensible - les auteurs de l'audit affirment que les RTT, "à moyen et long terme", font "peser des risques de rupture sur l'action des services et leur capacité opérationnelle". "L'administration vit à crédit", écrivent-ils, soulignant l'impossibilité de récupérer les heures supplémentaires et les repos compensateurs accumulés par les policiers, "12 millions, au 31 décembre 2006". Ils suggèrent de solder ces heures "à hauteur de 50 millions d'euros" et de "réviser le temps de travail" des policiers. Concernant les dépenses, ils tirent à boulets rouges. L'entretien des véhicules de police et de gendarmerie est jugé "trop coûteux", "mal mesuré" et les coûts d'assurance "excessifs". Ils pointent le nombre de "sinistres" dans la police - 15.000 par an pour 33.000 véhicules - en préconisant une franchise d'assurance de 150 euros pour les policiers. Le parc immobilier des gendarmes, militaires logés par l'Etat, toujours selon cet "audit", est "fragmenté" et "vétuste". Il faudrait, assènent ses auteurs, supprimer certains logements de fonction et faire payer aux gendarmes leur consommation d'eau (11 millions d'euros en 2004). Côté maintien de l'ordre (CRS de la police et gendarmes mobiles), ils préconisent de tailler dans les effectifs (suppression de 26 unités sur les 188 existantes) afin de les recentrer "sur leur coeur de métier". Enfin, sur la sécurité routière, l'audit dénonce des forces qui ne sont "pas concentrées" sur les "zones les plus dangereuses", à savoir le réseau secondaire en zone rurale où la mortalité "est la plus importante" mais l’implantation des radars par forcément la plus rentable… Ces forces, ajoutent-ils par ailleurs les rédacteurs de l’audit, "consacrent une part importante de leur activité à d'autres missions", escortes ou maintien de l'ordre, "au détriment des contrôles routiers". Elles n'ont également, selon eux, "pas tiré toutes les conséquences de l'automatisation des contrôles de vitesse" et "pas suffisamment adapté leurs pratiques à la mise en place des radars automatiques". 76% de ces radars, écrivent-ils, sont installés sur les autoroutes (où il y a 6% du nombre de tués) et sur les routes nationales (18% de tués). Les contrôles d'alcoolémie, première cause des accidents de la route, "ne sont pas à la hauteur de l'enjeu", poursuit l'audit, en soulignant qu'ils sont moins importants que ceux liés à la vitesse, "pas assez ciblés" et différents d'un département l'autre. Les périodes de contrôles routiers sont "décalées par rapport à celles de la délinquance routière", notamment la nuit "qui représente 10% du trafic mais 35% des blessés hospitalisés et 44% des tués". "Les forces de sécurité sont peu présentes au cours de la nuit", affirment les auteurs, chiffres à l'appui.