Nancy : Yves Lefebvre , secrétaire général d’Unité-SGP Police FO, dénonce le profond malaise chez les «ouvriers de la police»
- Votre tour de France des commissariats est passé mercredi par Nancy. Votre point de vue sur la santé de la police nancéienne ?
- Je suis venu pour aller au contact, pour écouter l’attente des policiers de terrain, des gardiens de la paix et à Nancy comme ailleurs, je constate qu’il y a un profond malaise et une révolte chez ces ‘’ouvriers de la police nationale’’ qui sont le cœur de l’institution. Des fonctionnaires soumis à la pression du chiffre par des cadres devenus des managers de supermarché avec, comme clients, les délinquants. Ce sont toujours les mêmes - la base - qui triment et les mêmes - en haut de la hiérarchie - qui ramassent les bénéfices.
Infantilisés, humiliés, les gardiens de la paix en ont marre de cette politique du chiffre, mais également d’une politique pénale qu’ils estiment en inadéquation avec les faits commis. On ne souhaite pas mettre tout le monde en prison. Juste que la peine encourue par les délinquants soit appliquée. J’invite les magistrats à venir vivre la vie d’un gardien de la paix et pas seulement lors d’un court stage d’école mais durant plusieurs mois. Ceci vaut également pour les commissaires. Il faut que le malaise de la base soit entendu et alors, on pourra lever le point de rupture.

- Après les policiers dans la rue, vous faites partie de ceux qui demandent le retrait temporaire de l’habilitation d’officier de police judiciaire (OPJ). Qu’en est-il de ce nouveau mouvement qui risque de gripper le système judiciaire ?
- L’habilitation OPJ permet notamment le placement de suspects en garde à vue dans le cadre d’une enquête. Une procédure de plus en plus contraignante pour les fonctionnaires qui, depuis le 15 novembre, sont confrontés à une nouvelle loi : le gardé à vue pourra bénéficier d’une demi-heure de conversation avec un tiers extérieur de son choix ; de la présence de l’avocat pendant la présentation d’une planche photos (tapissage) ou encore lors d’une perquisition. Une nouvelle surcharge de travail pour l’OPJ qui ne dispose initialement que de 24 h pour apporter des preuves. Ces nouvelles dispositions vont à l’encontre des intérêts des victimes. Les demandes du retrait d’habilitation sont actuellement déposées auprès des procureurs généraux. Les officiers sont habilités OPJ et ils peuvent très bien assumer eux aussi cette part de travail.
- Vous prônez une réforme du cycle de travail pour aplanir les tensions. De quoi s’agit-il ?
- Actuellement, le policier bénéficie d’un week-end de repos complet toutes les 6 semaines. On propose un week-end sur deux. C’est possible mais cela nécessite une réorganisation et l’administration freine. Ce cycle, après une année de test, a pourtant été adopté dans une dizaine de villes. Et l’on constate une baisse des risques psychosociaux, moins d’absentéisme, d’arrêts maladie… Et surtout, on a des policiers mieux dans leur peau ! Aujourd’hui, le policier n’a pas besoin de mesurettes non financées. Il faut une vraie réforme, en profondeur.