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Existe-t-il un fossé entre la Police et la Justice ?

Publié le par DEXTER

Contrairement à une croyance populaire fortement ancrée, les magistrats ne "couvrent pas" les policiers. Parfois même, ils peuvent laisser croire qu'ils méprisent les représentants de l'ordre...

C'est en tous les cas ce qui ressort de ce témoignage récent d'une fonctionnaire de police qui livre à ses collègues son sentiment, après être passée au Tribunal comme victime de violences lors de son service.
Pour elle, depuis, l'uniforme de gardien de la paix est devenu le symbole d'un manque de considération par les magistrats.

Simple maladresse liée à la charge de travail de la justice ou attitude délibérée, une chose est sûre, ces affaires laissent des traces profondes, et le sentiment "d'injustice" ressentie et partagé par de très nombreux policiers.

Je vous laisse "juger" de cette histoire ordinaire, dont j'ai occulté certains élements pour respecter l'anonymat (et la tranquilité professionnelle) de cette gardienne de la paix.



"Chers collègues,

...Mon collègue et moi avons été victimes d'une scène de coups gratuits et purement dirigés vers notre fonction représentée par l'uniforme que nous portons. Et ce alors que nous portions secours à une jeune dame.

Le soir même, l'avis du Magistrat (le citer ne servirait à rien), laisse tendre vers une remise en liberté (des auteurs des faits, ndlr) après audition ...
Néanmoins, n'ayant rien à déclarer, ils seront finalement présentés le lendemain matin, pour enfin (... plaise aux magistrats) être relâchés.
Maigre consolation, une procédure accélérée sera mise en place avec un jugement en correctionnelle prévu le XX.XX.2008.

Sachez que les premiers coups que je reçois sont portés directement au visage, impliquant une contusion de l'orbite gauche, ainsi qu'une plaie ouverte sur la partie interne de la lèvre inférieure.

Les coups suivants ont été portés directement dans la cage thoracique, amortis heureusement par mon gilet pare-balles. J'ai également lors de la rixe été jetée au sol. Mon collègue recevra également de multiples coups, et tombera également au sol, impliquant un écrasement du cartilage de sa rotule.

J'ai repris le service le lundi XX.XX.2008, jour de la citation, alors que mon collègue est toujours en incapacité.

Ce XX.XX.2008, nous nous sommes rendus au Tribunal accompagnés de notre avocat. Sachez que nous sommes représentés par un seul avocat alors que les auteurs en ont un chacun. Le Parquet de XXXXXX est lui représenté par Mr D...

A la citation de notre dossier, un seul des auteurs est présent et s'avance à la barre, et nous nous plaçons à sa gauche, place réservée aux victimes.
Notre avocat réclame la remise de l'audience en expliquant au Juge qu'elle désire s'acquitter de la certitude que notre collègue ne gardera pas une incapacité permanente, aussi infime soit-elle, car si tel était le cas, il ne pourrait plus rien réclamer après si cela n'apparaissait pas au dossier.

C'est alors que le représentant du Parquet s'insurge en ces termes:
"Nous n'allons quand même pas exagérer, et encore quoi ? Il faudrait une expertise médicale peut-être? Il faut arrêter quand même, on va pas pousser pour deux ecchymoses!"

La Juge, certainement devant ma mine déconfite et énervée, m'a demandé: "Et vous ?"

N'étant pas complètement stupide, je comprends ce que signifie cette question digne d'un enfant de maternelle (sans sujet, ni verbe ni complément), et lui réponds avoir repris le travail ce matin même.

Notre cher représentant du Parquet ajoutera: "Ah ben c'est déjà ça!"

Devant l'insistance de l'avocat, une date ultérieure sera finalement fixée, et la Juge regardera l'auteur et s'adressera à lui en ces termes: "A cette date ça va aller pour vous Monsieur?"

Je précise qu'à aucun moment il ne nous a été demandé si pour nous cela allait !

Nous avions inversé les places d'auteurs et victimes.

L'auteur des faits est ressorti fier, gonflé et droit, en précisant à son avocat qu'il l'attendait dehors. Je suis moi ressortie triste, énervée et ... dégoûtée.

Lisez dans ces lignes que le Parquet, et la Justice donnent non seulement raison aux jeunes "gens biens" de frapper sur la personne représentant l'ordre, mais en plus accusent du doigt lorsque les individus sous cet uniforme souhaitent manifester leur état de victime.

Vous qui êtes sur le terrain, que ces lignes vous servent d'exemple.

Ne comptez pas sur notre système, sur ceux qui le mettent en place ou l'appliquent. Ne pensez pas (ou plus) que votre uniforme est signe de respect, sagesse ou dignité.

Sachez juste que : Aussi bas que puisse être la vermine, elle passera toujours avant l'individu que vous êtes, et ce parce que les droits, qualités et vertus de l'individu que vous êtes sont cachés derrière l'uniforme de représentant de l'ordre.

Manifestement, lorsque vous le portez, vous n'étes plus ...un HUMAIN, avec des enfants à qui vous devez expliquer vos ecchymoses, avec un conjoint inquiet désormais chaque fois que vous quittez le domicile, avec des parents et une fratrie à rassurer :

"Mais non il ne m'arrivera rien !"

(Extrait de "The post" par Marc Louboutin)

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