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Strip-Tease: le shérif a des ennuis...

Publié le par DEXTER

A la télévision, Arnaud Libert est ce que l’on nomme un « bon client ». Filmé de septembre 2006 à juin 2007 par les caméras de l’émission de France 3 Strip-tease, ce policier municipal de 33 ans, à la main ferme et au verbe fleuri, a crevé l’écran lors de la diffusion de ce documentaire en deux épisodes, le 30 mars et le 6 avril. Chef de la brigade de Yerres (Essonne), chargé d’une dizaine d’adolescents prédélinquants et déscolarisés, on le voit mener cette expérience pilote à sa façon, carrée et hormonale.

Libert et ses hommes parlent la même langue que leurs interlocuteurs: «Bouge ton fion, ou j’te marave [casse la figure] et j’t’arrache les dents! C’est clair? –C’est clair...–  C’est clair, monsieur!» Et, quand l’intimidation ne suffit pas, il leur arrive de clouer les gamins au sol, bras en croix, pour mieux faire passer leur doctrine: «On a des limites ou on n’a pas de limites? –Euh ! vous avez pas de limites...»


 

Arnaud Libert.

Les caméras de Strip-Tease se sont focalisées sur le face-à-face entre le policier et Gianni, 16 ans, fumeur de joints et traficoteur mutique dont les parents, divorcés, ne savent plus quoi faire –l’«archétype du branleur», dixit Libert. A la fin du film, le gamin est sur le chemin de la rédemption: réinscrit au collège, il suit désormais une formation en alternance dans l’hôtellerie et son nom a disparu des mains courantes.

Happy end? Pas pour tout le monde. Car la diffusion du documentaire a provoqué un scandale sans précédent dans l’histoire, pourtant mouvementée, de Strip-Tease et une tempête dans la vie d’Arnaud Libert. Mis à pied par son nouvel employeur, la mairie (socialiste) des Lilas (Seine-Saint-Denis), qui l’avait mandaté, six mois plus tôt, pour créer une police municipale, il est également l’objet d’une plainte de la Fédération autonome de la fonction publique territoriale, dont le secrétaire national, Jean-Michel Weiss, n’a pas de mots assez durs pour fustiger l’«image dégradante et lamentable véhiculée par ce genre de personnage». Le parquet d’Evry (Essonne) a ouvert une enquête préliminaire.

Pour Libert, la pire des condamnations serait le retrait de son agrément de policier municipal. «Cela équivaudrait à la peine capitale, confie-t-il. Je me retrouverais au chômage, avec deux enfants, un appart à payer et l’interdiction d’exercer mon métier.» La semaine dernière, il a reçu une offre de service d’une municipalité UMP du Val-de-Marne.

Soutenu par la famille de l’ado qu’il a malmené.
Preuve que sa méthode n’a pas que des détracteurs. A commencer par les principaux intéressés, Gianni, ses potes, ses parents, qui soutiennent tous le policier municipal à la pédagogie de shérif. Et ce n’est pas le moindre paradoxe de cette histoire.

«Tous les psys et éducateurs du département s’étaient cassé les dents sur le cas de notre fils, souligne Dominique, le père de Gianni. Ce n’est pas agréable de se voir faible, lâche ou médiocre à l’écran et ça fait mal d’observer son gosse rudoyé de la sorte. Mais c’était pour son bien. Et le résultat est là.»

Arnaud Libert a reçu plusieurs Texto de la mère de Gianni, qui l’embrasse et lui dit toute son affection. Il n’a pas cherché à se réfugier derrière les coupes et le montage inhérent à ce genre de documentaires (deux cents heures de rushes, deux heures et demie de film) pour se dédouaner. « C’est la vision du réalisateur, et je l’assume », déclare-t-il, fair-play. Le réalisateur en question, Eric Cardot, peste contre l’hystérie de notre société face à la problématique des jeunes et de l’autorité. En attendant, les producteurs de Strip-Tease ont offert les services d’un avocat, Jean-Michel Catala, au policier déchu.

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