La police traque les dérives dans ses rangs...
Ils ont levé leur verre et décoché des saluts nazis. Ils auraient par ailleurs hurlé des slogans xénophobes et menacé le patron de représailles s'il parlait. Trois policiers, jusque-là bien notés, ont été mis en examen pour "provocation à la haine raciale" et suspendus après leur triste virée dans un pub d'Amiens (Somme), dans la nuit du 1er au 2 février. Le même soir, à Franconville (Val-d'Oise), un fonctionnaire aviné, lui aussi en dehors de son service, s'amusait à menacer un serveur dans un restaurant avec son arme. Le coup est parti, touchant un jeune Indien à la moelle épinière : la victime est tétraplégique. Il faudrait mener des actions de testing
Il y a près d'un an, en mars 2007, l'IGPN, la "police des polices", bouclait un rapport décapant sur la déontologie. Il n'a, pour l'instant, pas été rendu public. Au fil de ces quelque 70 pages se dessine un constat sans tabou. Les auteurs pointent les failles du recrutement, notamment la fameuse "enquête de moralité". En pratique, l'administration se contenterait d'une simple vérification des antécédents des candidats dans les fichiers de police. La qualité de la formation, notamment depuis sa réforme, en 1999, est en revanche saluée. Mais l'application des règles apprises dans les écoles ne va pas toujours de soi. Le rapport pose clairement le problème du comportement de certaines jeunes recrues, mises en cause dans des affaires de vol ou de consommation de stupéfiants, hermétiques à la notion même de "déontologie". Plus de 200 incidents d'indiscipline ont été recensés en 2006.
Les auteurs de l'enquête reconnaissent que l'administration punit beaucoup, mais ils jugent que cette épée de Damoclès est peu dissuasive, les sanctions augmentant d'année en année. Pour être efficace, écrivent-ils, il faudrait intervenir plus tôt, dès le premier manquement. Quant aux services de renseignement, souvent stigmatisés pour des coups tordus, ils ont fait de gros efforts en matière de déontologie, en adressant des notes de rappel très précises à leur personnel, et notamment aux nouveaux arrivants.
En conclusion, le rapport préconise une série de mesures très novatrices: renforcer l'autorité d'une hiérarchie intermédiaire jugée trop souvent déficiente ; inclure une note de déontologie dans le dossier individuel des fonctionnaires ; mener des actions de testing (un enquêteur se fait passer pour un plaignant ou pour une personne interpellée) ; donner plus de publicité aux sanctions prises dans les services ; analyser les contenus des propos échangés entre policiers sur les forums de discussion... La déontologie doit véhiculer un message positif, insiste la "police des polices". Qui entend s'inspirer des exemples belge, britannique et canadien.