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PSY dans la police...

Publié le par DEXTER

«On n’a plus envie d’avoir des policiers qui réfrènent leurs émotions.»

Du stress sous l’uniforme
Séverine Favre est la psychologue de la police cantonale neuchâteloise. Sa mission: recueillir les confidences des gendarmes, les soutenir et soigner leurs bleus à l’âme.
Pas de divan dans le bureau exigu de Séverine Favre. Ni de portrait de Freud ou de Lacan. Juste un bureau, une petite table et quelques chaises. «On est un peu à l’étroit ici», s’excuse-t-elle avant d’expliquer qu’elle préfère, de toute façon, accompagner ses collègues sur le terrain plutôt que d’arpenter les couloirs du «Caprice des dieux» (n.d.l.r.: surnom donné par la population au bâtiment central de la police cantonale neuchâteloise) à la recherche d’âmes en peine.
 
«Mon travail, avant tout, c’est de soutenir les policiers.» Policiers qui, si l’on en croit cette psychocriminologue, sont davantage soumis au stress aujourd’hui qu’hier. Parce que le métier est de plus en plus exigeant et l’uniforme de moins en mois respecté. «Promenez-vous avec une patrouille et vous verrez combien les regards que l’on croise peuvent être agressifs!»
Le danger de la carapace
Sous les gilets pare-balles, il y a des cœurs qui battent et qui souffrent parfois. D’après une étude conduite par la Dr Beverly Anderson, présidente de l’American Academy of Police Psychology, au moins 70% des agents de l’ordre présentent des signes de ce qu’elle appelle le police trauma syndrome. Exposés en continu à des blessures émotionnelles, ces derniers finissent par être mal dans leurs rangers, par se fabriquer une carapace, par dysfonctionner au travail et à la maison.
Toutes proportions gardées, ce phénomène touche également notre maréchaussée. La psy neuchâteloise en est la témoin privilégiée depuis bientôt cinq ans. «La pression est très forte. La population n’est pas consciente de ce qu’un policier doit affronter chaque jour.» Et des conséquences négatives, quelquefois dramatiques, que cela peut engendrer à terme sur sa santé physique et psychique, sur sa vie privée et professionnelle.
«J’ai enfoui toute ma peur. J’ai enfoui toute ma tristesse. Ensuite, j’ai commencé à enfouir toute ma gaieté et j’ai perdu complètement mon émotivité. Confronté au quotidien au mal, j’ai commencé à douter de l’existence de la vérité, de l’honnêteté et de la bonté. En fin de compte, il n’y avait plus rien de positif en quoi je puisse croire. J’ai perdu ma famille. J’ai perdu mes vieux amis. Et je me suis perdu moi-même. J’ai perdu mon humanité.»

Ce flic américain, cité par la Dr Anderson, est passé par tous les stades du police trauma syndrome. Ce qui n’est assurément pas le cas de tous ses confrères. «Le policier est formé pour ne pas perdre prise sur sa vie, relève Séverine Favre. Il peut en supporter plus que la moyenne des citoyens.» Mais il a besoin, pour ne pas craquer, de pouvoir se libérer de certaines tensions, de pouvoir parler, de pouvoir reprendre des forces. «C’est essentiel», acquiesce-t-elle.Psy-dans-la-police.jpg

Comme d’autres corps en Suisse, la police neuchâteloise possède sa propre unité de débriefeurs. «Je dispose d’une équipe de sept personnes, des policiers spécialement instruits pour ça.» Les gardiens de la paix ont ainsi la possibilité, s’ils en ressentent l’envie ou la nécessité, de se confier en toute confidentialité à des oreilles attentives. «Nous faisons office de soupape.» Sauf pour ceux qui s’avèrent incapables d’exprimer leurs émotions, qui préfèrent les taire pour ne pas passer pour des faibles. Quitte à ce que ça leur saute au visage le moment venu...

Policier est un métier à risques, à risques multiples. Si un débriefing informel suffit à évacuer le stress inhérent aux interventions de routine, il n’en va pas de même lorsqu’un gendarme vit un événement particulièrement fort, choquant. Séverine Favre se souvient comme si c’était hier de ce jeune homme qui a tiré sur le bâtiment de la police avant de se suicider. C’était en juillet 2005. «Tout à coup, les policiers sont confrontés à la mort. Ils se disent qu’ils auraient pu y passer. C’est extrêmement violent dans leur imaginaire et ça peut provoquer des traumatismes.»

Une violence extrême
Dans ces cas-là, rares heureusement, cette trentenaire propose des débriefings de groupe. «Ils ont l’impression d’avoir été les seuls à penser ça… Revenir sur ce qui s’est passé et partager leur ressenti permet de rendre la chose normale, humaine.» Personne ne sort véritablement indemne d’une telle expérience, pas même ceux qui se croient blindés. «Plus quelqu’un a l’impression d’être intouchable, plus il sera ébréché dans son psychisme.»
«On n’a plus envie d’avoir des policiers qui réfrènent leurs émotions pendant des années et des années, qui développent des maladies psychosomatiques, qui souffrent de problèmes cardiaques et qui terminent leur carrière d’une manière abrupte, poursuit-elle. Ce qu’on veut, ce sont des hommes et des femmes qui soient bien dans leur peau, qui parviennent à trouver un équilibre entre vie professionnelle, familiale et sociale
Un sacré défi qui nécessite, outre la présence d’une psy, des outils pour vider et recharger ses batteries. «Moi, je chante dans ma voiture», rigole Séverine Favre. Et surtout, elle se ressource auprès de ses chiens qu’elle ne se lasse pas de caresser, deux malamutes avec qui elle joue les mushers, court, pédale et skie. «Dès que j’ai un moment, je pars me balader avec eux. C’est ma passion!» Ses gardiens de la paix intérieure aussi.
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